CEBES
Me voici,
Imbécile, ignorant,
Homme nouveau devant les choses inconnues,
Et je tourne ma face vers l'Année et l'arche pluvieuse, j'ai plein mon coeur d'ennui!
Je ne sais rien et je ne peux rien. Que dire? que faire?
A quoi emploierai-je ces mains qui pendent, ces pieds,
Qui m'emmènent comme le songe nocturne?
La parole n'est qu'un bruit et les livres ne sont que du papier.
Il n'y a personne que moi ici. Et il me semble que tout
L'air brumeux, les labours gras,
Et les arbres et les basses nuées
Me parlent, avec un discours sans mots, douteusement.
Le laboureur
S'en revient avec sa charrue, on entend le cri tardif.
C'est l'heure où les femmes vont au puits.
Voici la nuit. - Qu'est ce que je suis?
Qu'est ce que je fais? qu'est ce que j'attends?
Et je réponds: je ne sais pas! et je désire en moi-même
Pleurer, ou crier,
Ou rire, ou bondir et agiter les bras!
"Qui suis-je?" Des plaques de neige restent encore, je tiens une branche de minonnets à la main.
Car Mars est comme une femme qui souffle sur un feu de bois vert.
- Que l'Eté
Et la journée épouvantable sous le soleil soient oubliés! ô choses, ici,
Je m'offre à vous!
Je ne sais pas!
Voyez-moi! j'ai besoin,
Et je e sais pas de quoi, et je pourrais crier sans fin
Tout haut, tout bas, comme un enfant qu'on entend au loin, comme les enfants qui sont restés seuls, près de la braise rouge!
O ciel chagrin! arbres, terre! ombre, soirée pluvieuse!
Voyez-moi! que cette demande que je fais ne me soit pas refusée, que je fais!
Claudel, Tête d'Or