Nu
" Le premier homme qui sent le chèvrefeuille, je me jette dans ses bras.
La première femme qui me touche plus souvent du ventre que de la main, je me jette dans ses bras.
Le premier qui a les yeux clairs et minimes, qui chante dans notre lit, pleure quand il ne me voit pas, qui me voit mort quand il ne me voit pas, je me jette dans ses bras.
La première qui lève son regard vers moi après m'avoir sucé, qui tourne son regard vers moi après s'être cambrée, qui réclame d'être fessée, d'être pinée, d'être godée, qui le réclame en souraint, sans supplier, rose amoureuse quand elle gémit, je me jette dans ses bras.
Les premiers qui chantent Michaux, "Celui qui a tué moins de cent fois qu'il me jette la première pierre", et Saint-John Perse, "Enfance, mon amour! c'est le matin, ce sont les choses douces qui supplient, comme la voix la plus douce du mâle s'il consent à plier son âme rauque vers qui plie", et Augiéras, "Ce matin, le plus gai de ma vie, assis sur le mur d'un dédale, j'aurais tenu longtemps, avec un jeune taureau, le doux langage de l'amitié, de l'amour, si je n'avais pas vu passer une voile", je m'étonne, je leur fais répéter et je me jette dans leurs bras.
La première qui saura être là quand mon corps épuisé m'abandonnera, quand un ciel marron protégera Paris, où j'ai cru bon aller m'anéantir, sanctuaire de sancturaire, impuissant de prière, sale, sensuel enfin puisqu'ayant tout perdu, n'appartenant à rien, soit, qu'elle me prenne dans ses bras si elle en est capable.
Mais il n'y a personne. "
Christophe Honoré, Scarborough, ed de l'Olivier, 2002, p133