25/09/200724/09/2007JEU : quelle femme correspond à ce portrait. proposez des photos..Trente-cinq ans ou d'avantage. D'une élégance très sûre, discrète, presque austère, mais comme involontaire. Elle devrait presque donner à penser que cette élégance lui est coutumière, qu'elle est habillée de cette façon-là tous les jours.
Elle est d'une force qui ne se voit pas tout d'abord. Ce n'est pas qu'elle cache son jeu, non. C'est qu'elle est elle-même cachée à elle-même pas une éducation exemplaire maintenant disparue. De nos jours, il reste des femmes ainsi parées de cette éducation qu'elles n'ont pas reçue, mais qui a été donnée de mères en filles jusqu'à elles. Il s'agit pour le principal d'un savoir sur l'homme mais qu'elle devraient ignorer tenir et qui devrait être tenu caché à l'homme. D'un jésuitisme en quelque sorte, à la fois innocent et dangereux, qui entoure ces femmes comme le ferait une zone de silence. (...)
Discrète jusque devant lui, n'ayant rien perdu de l'éducation exemplaire, pudique jusque devant lui son amant. Rien n'est montré comme on lui a appris, mais tout est là, dans la myriade des petits éclats irradiants de la défaite irréversible de sa vie. Tout se voit. A travers des riens presque insaisissables, un geste de la main, une façon de s'accouder, de se lever, de s'asseoir, de se relever, des façons de faire jamais pareilles, de crier à travers les mots plutôt qu'à travers la voix, de se perdre dans l'émotion, de faire croire qu'on en revient de faire croire que peut-être on se trompe. De toujours faire coire qu'on est prisonnière d'une règle qui vous porte à chaque instant vers l'inconnu. Et qu'à la seconde même où vous alliez mourir de ne pas savoir quoi, cet inconnu s'éclairait. 19/09/2007
Je pris son bras pour l'aider à descendre, le bateau s'abaissait trop vite, au bord du débarcadère. Elle s'appuya, dit un mot, sans regard, partit à travers la palce, en biais, disparut devant moi dans une ruelle voûtée. Je m'arrêtais à l'entrée. Elle marchait un peu courbée. La ruelle perdait sa voûte, s'ouvrait au vent. Elle monta lourdement les marches du pont et je la regardais peu à peu, par degrés disparaître de moi, s'échapper de moi.
Danielle Collobert, dire I 18/09/2007
CEBES
Me voici,
Imbécile, ignorant,
Homme nouveau devant les choses inconnues,
Et je tourne ma face vers l'Année et l'arche pluvieuse, j'ai plein mon coeur d'ennui!
Je ne sais rien et je ne peux rien. Que dire? que faire?
A quoi emploierai-je ces mains qui pendent, ces pieds,
Qui m'emmènent comme le songe nocturne?
La parole n'est qu'un bruit et les livres ne sont que du papier.
Il n'y a personne que moi ici. Et il me semble que tout
L'air brumeux, les labours gras,
Et les arbres et les basses nuées
Me parlent, avec un discours sans mots, douteusement.
Le laboureur
S'en revient avec sa charrue, on entend le cri tardif.
C'est l'heure où les femmes vont au puits.
Voici la nuit. - Qu'est ce que je suis?
Qu'est ce que je fais? qu'est ce que j'attends?
Et je réponds: je ne sais pas! et je désire en moi-même
Pleurer, ou crier,
Ou rire, ou bondir et agiter les bras!
"Qui suis-je?" Des plaques de neige restent encore, je tiens une branche de minonnets à la main.
Car Mars est comme une femme qui souffle sur un feu de bois vert.
- Que l'Eté
Et la journée épouvantable sous le soleil soient oubliés! ô choses, ici,
Je m'offre à vous!
Je ne sais pas!
Voyez-moi! j'ai besoin,
Et je e sais pas de quoi, et je pourrais crier sans fin
Tout haut, tout bas, comme un enfant qu'on entend au loin, comme les enfants qui sont restés seuls, près de la braise rouge!
O ciel chagrin! arbres, terre! ombre, soirée pluvieuse!
Voyez-moi! que cette demande que je fais ne me soit pas refusée, que je fais!
Claudel, Tête d'Or 17/09/200711/09/200709/09/2007Nu " Le premier homme qui sent le chèvrefeuille, je me jette dans ses bras.
La première femme qui me touche plus souvent du ventre que de la main, je me jette dans ses bras.
Le premier qui a les yeux clairs et minimes, qui chante dans notre lit, pleure quand il ne me voit pas, qui me voit mort quand il ne me voit pas, je me jette dans ses bras.
La première qui lève son regard vers moi après m'avoir sucé, qui tourne son regard vers moi après s'être cambrée, qui réclame d'être fessée, d'être pinée, d'être godée, qui le réclame en souraint, sans supplier, rose amoureuse quand elle gémit, je me jette dans ses bras.
Les premiers qui chantent Michaux, "Celui qui a tué moins de cent fois qu'il me jette la première pierre", et Saint-John Perse, "Enfance, mon amour! c'est le matin, ce sont les choses douces qui supplient, comme la voix la plus douce du mâle s'il consent à plier son âme rauque vers qui plie", et Augiéras, "Ce matin, le plus gai de ma vie, assis sur le mur d'un dédale, j'aurais tenu longtemps, avec un jeune taureau, le doux langage de l'amitié, de l'amour, si je n'avais pas vu passer une voile", je m'étonne, je leur fais répéter et je me jette dans leurs bras.
La première qui saura être là quand mon corps épuisé m'abandonnera, quand un ciel marron protégera Paris, où j'ai cru bon aller m'anéantir, sanctuaire de sancturaire, impuissant de prière, sale, sensuel enfin puisqu'ayant tout perdu, n'appartenant à rien, soit, qu'elle me prenne dans ses bras si elle en est capable.
Mais il n'y a personne. "
Christophe Honoré, Scarborough, ed de l'Olivier, 2002, p133
08/09/2007 |
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