12/05/2008Michals - Genet
Je détruirai les apparences, les bâches tomberont brûlées et j'apparaitrai là, un soir, sur la paume de votre main, tranquille et pur comme une statuette de verre. Vous me verrez. Autour de moi, il n'y aura plus rien. 20/04/200808/04/200826/03/2008Pongeades (1)
Le jardin est un lieu d'ordre. C'est donc un lieu d'illusion, et la réciproque est vraie aussi. L'illusion d'une nature ordonnée et avenante, cataloguée par essences entre lesquelles on aime à déambuler, et qui font des motifs doux à fouler.
A peine, à la périphérie, s'agitent quelques futaies soyeuses qui sont comme les franges de ce beau tapis. 18/03/200817/03/2008Les lignes de désir (Pierre Ménard)
"Les lignes de désir sont des passages coupant à travers parcs et espaces verts, visibles sous forme de pistes de terre mal dégrossies ou chemins de chèvres marqués dans le paysage à mesure d’un piétinement journalier. Tracées par chacun dans une volonté d’arriver plus vite à destination, ou simplement par curiosité, ces lignes matérialisent la force de transformation et de liberté que peut prendre chaque individu sur l’espace urbain." Pierre Ménard
Voir http://blog.liminaire.fr/post/2007/10/28/Les-lignes-du-desir 19/01/2008à voir sur http://queer.comicgenesis.com/d/20070610.html15/12/200704/12/2007
LUI
Les derniers mois, vous vous souvenez?
ELLE
L'enfer.
LUI
L'enfer, oui.
(Elle ferme les yeux, balaie l'image d'un geste de la main.)
ELLE
A ce point là, ça ne doit arriver qu'une fois par existence, vous ne croyez pas?
LUI
Quoi?
(La réponse devrait être : "Un amour pareil.")
ELLE
Un enfer pareil.
LUI
Je crois (un temps) ou alors...
(Deuxième plongée dans le trouble, mais cette fois aucun des deux n'essaye d'en sortir.)
LUI
Ou alors c'est que l'expérience... cette chose abominable, ça ne sert à rien...
Marguerite Duras, La Musica Deuxième 30/11/2007
La nuit parfois ravive une plante singulière dont la
lueur décompose les chambres meublées en massifs
d'ombre.
Sa feuille d'or tient impassible au creux d'une colon-
nette d'albâtre par un pédoncule très noir.
Les papillons miteux l'assaillent de préférence à la
lune trop haute, qui vaporise les bois. Mais brûlés aus-
sitôt ou vannés dans la bagarre, tous frémissent aux
bords d'un frénésie voisine de la stupeur.
Cependant la bougie, par le vacillement des clartés
sur le livre au brusque dégagement des fumées origi-
nales encourage le lecteur, - puis s'incline sur son
assiette et se noie dans son aliment.
F. Ponge 25/11/200718/11/2007
J’ai décidé aujourd’hui : rien n’altèrera plus la positivité de mon esprit, ni la grisaille, ni l’obstination obtuse des passants, moins encore cette place laissée vacante dans le lit et qui est comme un lieu froid, de tous les lieux le plus froid et le plus interdit. Dorénavant je dormirai en étoile (et tant pis si je gèle).
03/10/2007TOCSIN
Je cherche une jolie garçonnière pas chère à partir de Novembre, sur Paris.
Je suis prêt aussi à retenter l'aventure d'une collocation avec quelqu'un d'outrageusement sympathique.
Si vous entendez parler de quoi que ce soit qui puisse m'aider dans mes recherches, ou si vous avez des amis qui entendent parler de.. ou des amis d'amis...
02/10/2007Suite du jeu : quel homme correspond à ce portrait? proposez des photos... Trente-cinq ans ou d'avantage. Le premier jour, dans la nouvelle maison, lorsqu'ils se sont mariés, il a parlé de partir. Et puis tous les jours ensuite, il a parlé de ça, partir. Un jour il a voulu la tuer, tuer elle, son amour. Il fait peur comme la foudre la vérité la passion tandis qu'on l'aime comme son enfant, son frère, son amant. Il est très beau, d'une beauté qu'il doit à la fois ignorer et bien connaître - de la façon dont il connaîtrait une arme ou son histoire. Ce n'est pas un homme difficile à connaître, c'est un homme qu'on ne peut pas connaître. Derrière lui, une chaîne d'hommes à la peau sombre. Ca doit venir d'Alexandrie ça ou de Babylone, des bords du Tibériade, ça doit venir de par là-bas. C'est Michel Nollet : nom parisien qui remplace le nom oublié. Michel Nollet, il pourrait être comédien quand ça lui chante, immense, bouleversant. Quand ça ne lui chante pas, Dieu sais ce qu'il fait, dans les rues à regarder. On ne sait rien. Voici ce qu'on sait : il pourrait être un comédien. il pourrait être un architecte. Il pourrait être un juif. Ce sont des choses possibles. Il pourrait ne pas être ce qu'elle connaît, ce mort-vivant parce qu'elle va disparaître de sa vie. Il veut elle, Anne-Marie Roche. Si le monde dans son entier ne lui est pas donné par elle, il le jette, il le donne aux chiens. Il n'a que faire du bonheur, de l'argent, de l'amour, des femmes, des morales, des philosophies. Il veut seulement ça, elle, elle qui sait pour eux deux qu'ils peuvent, eux, se passer de l'histoire d'amour. 25/09/200724/09/2007JEU : quelle femme correspond à ce portrait. proposez des photos..Trente-cinq ans ou d'avantage. D'une élégance très sûre, discrète, presque austère, mais comme involontaire. Elle devrait presque donner à penser que cette élégance lui est coutumière, qu'elle est habillée de cette façon-là tous les jours.
Elle est d'une force qui ne se voit pas tout d'abord. Ce n'est pas qu'elle cache son jeu, non. C'est qu'elle est elle-même cachée à elle-même pas une éducation exemplaire maintenant disparue. De nos jours, il reste des femmes ainsi parées de cette éducation qu'elles n'ont pas reçue, mais qui a été donnée de mères en filles jusqu'à elles. Il s'agit pour le principal d'un savoir sur l'homme mais qu'elle devraient ignorer tenir et qui devrait être tenu caché à l'homme. D'un jésuitisme en quelque sorte, à la fois innocent et dangereux, qui entoure ces femmes comme le ferait une zone de silence. (...)
Discrète jusque devant lui, n'ayant rien perdu de l'éducation exemplaire, pudique jusque devant lui son amant. Rien n'est montré comme on lui a appris, mais tout est là, dans la myriade des petits éclats irradiants de la défaite irréversible de sa vie. Tout se voit. A travers des riens presque insaisissables, un geste de la main, une façon de s'accouder, de se lever, de s'asseoir, de se relever, des façons de faire jamais pareilles, de crier à travers les mots plutôt qu'à travers la voix, de se perdre dans l'émotion, de faire croire qu'on en revient de faire croire que peut-être on se trompe. De toujours faire coire qu'on est prisonnière d'une règle qui vous porte à chaque instant vers l'inconnu. Et qu'à la seconde même où vous alliez mourir de ne pas savoir quoi, cet inconnu s'éclairait. 19/09/2007
Je pris son bras pour l'aider à descendre, le bateau s'abaissait trop vite, au bord du débarcadère. Elle s'appuya, dit un mot, sans regard, partit à travers la palce, en biais, disparut devant moi dans une ruelle voûtée. Je m'arrêtais à l'entrée. Elle marchait un peu courbée. La ruelle perdait sa voûte, s'ouvrait au vent. Elle monta lourdement les marches du pont et je la regardais peu à peu, par degrés disparaître de moi, s'échapper de moi.
Danielle Collobert, dire I 18/09/2007
CEBES
Me voici,
Imbécile, ignorant,
Homme nouveau devant les choses inconnues,
Et je tourne ma face vers l'Année et l'arche pluvieuse, j'ai plein mon coeur d'ennui!
Je ne sais rien et je ne peux rien. Que dire? que faire?
A quoi emploierai-je ces mains qui pendent, ces pieds,
Qui m'emmènent comme le songe nocturne?
La parole n'est qu'un bruit et les livres ne sont que du papier.
Il n'y a personne que moi ici. Et il me semble que tout
L'air brumeux, les labours gras,
Et les arbres et les basses nuées
Me parlent, avec un discours sans mots, douteusement.
Le laboureur
S'en revient avec sa charrue, on entend le cri tardif.
C'est l'heure où les femmes vont au puits.
Voici la nuit. - Qu'est ce que je suis?
Qu'est ce que je fais? qu'est ce que j'attends?
Et je réponds: je ne sais pas! et je désire en moi-même
Pleurer, ou crier,
Ou rire, ou bondir et agiter les bras!
"Qui suis-je?" Des plaques de neige restent encore, je tiens une branche de minonnets à la main.
Car Mars est comme une femme qui souffle sur un feu de bois vert.
- Que l'Eté
Et la journée épouvantable sous le soleil soient oubliés! ô choses, ici,
Je m'offre à vous!
Je ne sais pas!
Voyez-moi! j'ai besoin,
Et je e sais pas de quoi, et je pourrais crier sans fin
Tout haut, tout bas, comme un enfant qu'on entend au loin, comme les enfants qui sont restés seuls, près de la braise rouge!
O ciel chagrin! arbres, terre! ombre, soirée pluvieuse!
Voyez-moi! que cette demande que je fais ne me soit pas refusée, que je fais!
Claudel, Tête d'Or 17/09/200711/09/2007 |
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